Vous publiez une annonce, puis vous recevez peu de dossiers. Ceux qui arrivent ne correspondent pas, et la conclusion tombe alors vite : il n’y a plus personne sur le marché. Le recrutement par compétences part pourtant du constat inverse. Les statistiques fédérales lui donnent d’ailleurs raison. Les candidats existent déjà, mais nos annonces les écartent.
Deux fois plus de demandeurs d'emploi que de postes vacants
Commençons par les ordres de grandeur, puisqu’ils sont publics. Au deuxième trimestre 2026, l’Office fédéral de la statistique recensait encore 98’700 places vacantes dans l’économie suisse. Cela ne représente toutefois que 1,7 % de l’ensemble des emplois. Le SECO comptait de son côté 227’248 demandeurs d’emploi inscrits en août 2026, soit un taux de 4,8 %. Il y a donc aujourd’hui plus de deux demandeurs inscrits pour une place vacante recensée.
Ces deux chiffres proviennent de statistiques différentes, et ne se soustraient donc pas mécaniquement. L’OFS interroge les entreprises par sondage trimestriel. Le SECO recense de son côté, chaque mois, les personnes inscrites auprès des offices régionaux de placement. L’écart reste néanmoins trop large pour parler d’un simple manque de bras. Le même baromètre de l’emploi indique en effet que 33,9 % des entreprises déclaraient des difficultés à recruter du personnel qualifié. Un tiers des employeurs peine donc à recruter, alors que le marché compte deux fois plus de demandeurs que de postes ouverts. Voilà, très exactement, un problème d’appariement.
Le recrutement par compétences, concrètement
Le levier le plus direct tient donc à la façon de décrire le poste. Il faut cesser de recruter un intitulé de métier, et commencer plutôt à recruter des compétences transférables. Même un pilote de ligne se lit comme un ensemble de savoir-faire. Gestion du stress, respect des procédures, décision sous contrainte : l’étiquette, en revanche, ne dit presque rien.
On ne recrute pas un métier. On recrute des compétences.
Prenons l’hôtellerie comme réservoir de départ. Vers la santé puis vers le social d’abord. On y retrouve en effet le même socle de service, de rythme soutenu et de relation directe à la personne. Vers la coordination de chantier aussi, pour le sens du délai et la gestion de plusieurs intervenants. Ces trajectoires existent déjà dans les faits. Peu d’annonces les rendent pourtant possibles.
La conséquence pratique tient en une ligne : réécrivez vos annonces en compétences observables plutôt qu’en années d’expérience sectorielle. Une exigence posée par habitude écarte en effet une partie du vivier, sans que personne ne l’ait décidé.
Recruter mieux ne suffit pas s'ils repartent
Un recrutement réussi ne sert pourtant à rien si la personne repart au bout d’un an. Sur ce point, la référence la plus solide reste aujourd’hui Gallup. Dans son étude State of the American Manager, l’institut a mesuré l’effet du supérieur direct. Il explique ainsi au moins 70 % de la variance de l’engagement entre équipes. Les données sont américaines, et ne se transposent donc pas telles quelles. L’ordre de grandeur reste toutefois difficile à écarter.
Cela ne veut évidemment pas dire que le salaire ne compte pas. Il ouvre la porte, mais il retient rarement à lui seul. Ce qui pèse ensuite se joue plutôt dans le quotidien. La façon dont une demande est traitée, le délai pour obtenir une réponse, la reconnaissance d’une compétence plutôt que d’une ancienneté. Autant de choses qui relèvent du supérieur direct, jamais de la grille salariale.
Ce qu'un SIRH peut faire, et ce qu'il ne fera pas
Autant le dire franchement : aucun logiciel ne répare une relation managériale. Coacher les managers, travailler l’écoute, accepter de la flexibilité, cela relève de décisions humaines. C’est aussi une question de temps accordé, et jamais de paramétrage. Prétendre le contraire serait donc vous vendre quelque chose qui n’existe pas.
La limite, pour être clair : un SIRH ne recrute personne et ne retient personne. En revanche, il décide de ce que vous savez de vos équipes. Il pèse aussi sur le temps que vos managers passent ailleurs que dans l’administratif.
Trois effets restent donc à votre portée dès maintenant. D’abord, décrire vos collaborateurs par leurs compétences réelles, dans un dossier de l’employé tenu à jour. Ensuite, rendre à chacun la main sur ses propres données via un portail employé. Cela retire en effet des dizaines de sollicitations du quotidien d’un responsable. Enfin, sortir vos managers du travail de saisie, pour qu’ils passent ce temps avec leur équipe. Découvrez aussi sai People, notre logiciel RH. Vous pouvez également lire comment ouvrir le dossier RH à vos employés sans perdre la main.
Questions fréquentes
C’est décrire un poste par les savoir-faire qu’il exige, plutôt que par le métier déjà exercé. Au lieu d’écrire « cinq ans dans la branche », vous écrivez ensuite ce que la personne doit savoir faire. Coordonner plusieurs intervenants, tenir un délai, gérer une relation difficile, par exemple. Le recrutement par compétences élargit ainsi le vivier à des profils venus d’un autre secteur. Il n’abaisse pourtant rien du niveau attendu.
Le risque existe, mais il se déplace plutôt qu’il n’augmente. Vous renoncez certes à une familiarité sectorielle immédiate. Vous gagnez en revanche sur la motivation et sur la rareté du profil. La parade tient ensuite dans l’accueil. Prévoyez donc un vrai parcours d’intégration, et un référent identifié pendant les premiers mois. Sans cela, le pari échoue, quel que soit le secteur d’origine.
Sur trois sources publiques, citées telles quelles. Les places vacantes viennent d’abord du baromètre de l’emploi de l’Office fédéral de la statistique, pour le deuxième trimestre 2026. Les demandeurs d’emploi inscrits viennent ensuite des statistiques du marché du travail du SECO, pour le mois d’août 2026. Le chiffre sur le rôle du manager provient enfin de l’étude State of the American Manager de Gallup. Nous n’avançons aucun chiffre dont nous ne pouvons pas donner l’origine.
Indirectement, et il faut être honnête sur la mesure. Il ne change évidemment rien à la qualité d’un manager. En revanche, il lui rend du temps en supprimant la saisie et les relances. Il donne aussi à la direction une vue réelle des départs par service. Il permet enfin de décrire les compétences plutôt que les seuls intitulés. Ce sont donc des conditions favorables, pas une solution.